Lettre n° 56 janvier 2026
- Dominique Durand
- 8 janv.
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La vie est sans pourquoi
En faisant référence à la remarque d’un prêtre qui, à la messe de minuit, demande à ses fidèles: « Pourquoi êtes-vous là? », nous pouvons nous demander s’il ne serait pas opportun de nous poser la même question à chaque fois que nous nous asseyons.
C’est de l’impossibilité de répondre clairement à cette question, de savoir vraiment ce qui nous pousse à nous asseoir, que naît le trouble nécessaire à la pratique, cet ébranlement, dont nous avons besoin chaque jour pour être en chemin, en-dehors des certitudes, des acquisitions, des savoirs, en-dehors des motivations habituelles.
Dans l’absence de réponse, quelque chose s’effondre, mais c’est cet effondrement qui nous assoit et nous maintient en éveil. Cela ne ressemble à rien d’autre, c’est toujours neuf, parce que ce n’est jamais conclu. C’est en demeurant dans ce trouble qu’il nous est demandé de nous asseoir, dans cette incertitude et cet inconcevable.
La seule réponse qui puisse nous être fournie, est celle donnée par le corps, parce qu’elle est une, entière, non parcellaire. Elle ne balance pas entre « peut-être ceci, peut-être cela », elle nous vient de front avec cette force incontestable. La réponse est révélée par tous les points de la posture dans leur ensemble. Il suffit de laisser l’acte de s’asseoir venir à soi dans sa totalité, il n’y a rien de particulier à en attendre, c’est une lumière qui pour un moment éclaire différemment; nous n’avons besoin de rien d’autre, ni de réponse à nos questions, ni de justifications.
Tout en recevant l’acte d’être assis, on se laisse ouvrir et devenir cela, sans se poser de questions. Lorsque nous sommes nourris par la posture, nous n’avons besoin de rien d’autre.
Ainsi devient aisé de demeurer là où il n’y a rien à expliquer et rien à comprendre. Juste se retirer naturellement et laisser l’Être, être. Sentez comment vous écoutez cet élargissement qui se produit, de quelle manière vous vous mettez à l’écoute tout en devenant la posture, qui n’est plus la posture, mais la manifestation juste et simple de ce que vous êtes.
Ce zazen, ce matin, cette posture, ce n’est pas la prolongation d’un autre zazen, il est extrêmement précieux, parce que vous vous laissez conduire d’une manière tout à fait neuve et sans pourquoi, vers une rencontre inédite avec l’indicible de vous-mêmes.
Nous ne pouvons pas chercher ailleurs qu’en nous-mêmes, il n’y a pas d’autre chemin que nous, aucune réponse à donner.
Dominique Durand



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