Lettre n° 58 mars 2026
- Dominique Durand
- il y a 6 jours
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Se dé- tendre
Écouter le corps en train de se détendre. Écouter le corps en train de consentir à recevoir ce qui est offert; c’est lui qui nous guide et nous initie au oui. Un oui qui n’a rien à voir avec une résignation. C’est un oui ouvert, joyeux, aéré qui, à notre grande surprise, élargit notre esprit.
Nous n’imposons pas la détente au corps, nous laissons le corps nous en proposer l’apprentissage. C’est par cette détente que l’on accède à l’ouverture, à cette possibilité de se tenir en soi sans rejet.
La détente n’est pas un préalable, elle est le lieu d’un événement, d’une ouverture aux choses telles qu’elles se présentent, à la vie telle qu’elle est. Toute l’attention doit être portée sur la façon qu’a la détente de nous rendre sensible à l’apparaître des phénomènes. Toujours se tenir au plus près de l’advenant, de l’apparaissant et ainsi s’en tenir au maintenant.
Cette détente, qui va bien au-delà d’un bienfait physique, est nécessaire à la tenue verticale, parce qu’elle lui apporte de la souplesse.
Tandis que la détente s’installe, contemplez cette attitude de tout vous-même en train d’accueillir ce qui se fait. Observez comment vous êtes livré tout naturellement à la présence au moment et à une certaine manière de l’habiter. Vous vous y abandonnez tout entier, vous laissez votre personne entière en disposition d’être là.
Ce qui devient important, ce n’est pas ce que vous percevez, mais comment vous percevez ce qui se présente à vous, que ce soit insignifiant ou grandiose. Cela se suffit en soi-même. Cela est suffisant dans le sens: point n’est besoin de chercher autre chose ailleurs, tout arrive dans sa plénitude.
Tandis que vous vous ouvrez totalement à cette détente qui advient, vous vous trouvez en coïncidence parfaite avec ce qui vous attendait depuis toujours, sans que vous le sachiez. Cela ne peut être autrement que cela est. Cette qualité émerge d’elle-même, elle ne vient de nulle part. Vous laissez simplement l’instant se donner à vous, dans sa plénitude, sans explication.
La détente ne se résume pas à la cessation d’un état de tension, elle accompagne le pratiquant vers la source toujours naissante d’un ordre intérieur, qui se réalise comme un moment de grâce.
Selon Dürckheim, l’état de grâce qui caractérise une expérience, n’est pas le résultat d’une action, mais celui de l’acceptation (précédée d’une reconnaissance),
de quelque chose qui préexiste à la base de tout être humain. Ce « quelque chose » est de l’ordre du don.
La détente perçue comme cette attitude à recevoir ce qui nous est donné, se présente donc comme la possibilité d’une rencontre avec ce qui est déjà là. Tout alors prend sa juste place, point n’est besoin de rentrer dans le heurt, l’ordre ainsi perçu nous engage dans une autre relation avec le chaos extérieur.
La détente n’est pas une action préalable nécessaire au bon déroulement de l’assise, elle est le processus d’intégration physique d’un vécu d’ordre qui, avec la plénitude et l’unité, constitue le fondement de Hara.
Dominique Durand



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